Poteaux incendie, entre sécurité et santé publique : la réglementation

Cet article est le premier d’une série de billets sur les poteaux incendie, un sujet au coeur des préoccupations des exploitants, comme en témoignent les nombreuses discussions sur les hydrants sur le forum. Ce premier article s’intéresse plus particulièrement à la réglementation.

poteau-incendieEssentiels à la sécurité des personnes et des biens, les poteaux incendie, aussi appelés hydrants, font partie des sources d’eau mises à la disposition des pompiers par les communes, parmi d’autres accès comme les puisards alimentés ou déportés, bouches incendie ou poteaux incendie, citernes souples ou enterrées et maçonnées, ou encore réserves à l’air libre …

Les hydrants font partie intégrante des réseaux d’eau potable, et leur maniement peut avoir des impacts sur la qualité de l’eau distribuée. Pour ces raisons, et du fait des risques de casse dans les canalisations lors de leur utilisation, les poteaux incendie sont au cœur des préoccupations des exploitants.

Les poteaux incendie : le point sur la réglementation

L’installation et l’usage des poteaux incendie sont très encadrés. Leur mise à disposition relève de la responsabilité du maire, en tant que garant de la sécurité de ses administrés. Le code général des collectivités territoriales précise en effet dans ses articles L2211-1 et L2212-2 que « Le fait que la compétence de la commune en matière de distribution d’eau ait été transférée à un syndicat intercommunal ou à une entreprise privée ne modifie en rien la responsabilité du maire, qui reste titulaire de son pouvoir de police. »

Certaines affaires ont même fait jurisprudence, comme l’arrêt d’Oléron Sainte Marie, du 7 novembre 1962 dans lequel la commune a été reconnue responsable d’un important sinistre lié à un nombre insuffisant de poteaux d’incendie et de points d’eau. Il y avait déjà eu un précédent avec l’affaire Strohmaier, pour laquelle la commune n’avait pas pallié au manque d’eau suite à la sécheresse, au détriment de l’action des services de secours incendie en 1960.

Cette responsabilité du maire est précisée dans plusieurs textes de loi :

La Circulaire Interministérielle N° 465 du 10 Décembre 1951 et l’arrêté du 1er Février 1978 stipulent  que “Les sapeurs pompiers devraient trouver sur place, en tout temps, 120m³ d’eau utilisables en deux heures” (60m3 par heure pendant 2h)*, pouvant provenir de différentes sources : réseaux d’eau ou points d’eau, artificiels ou naturels. Un certain nombre de règles sont à observer en fonction de la provenance de l’eau. Dans le cas des réseaux de distribution, ces règles sont notamment la distance maximale de 400m entre deux hydrants. Cela s’explique par “la nécessité de poursuivre l’extinction du feu sans interruption” qui “exige que cette quantité puisse être utilisée sans déplacement des engins”.  

Où que les pompiers interviennent en zone habitée, ils devraient donc disposer d’un accès à l’eau à moins de 200 mètres.

Comment est calculé le périmètre de couverture des 200 mètres d’un PI?
Ce que dit la loi :
La distance de 200 mètres « doit être mesurée par des cheminements praticables par les moyens des services d’incendie et de secours », comme cela est précisé au paragraphe 1.3 du référentiel national de la défense extérieure contre les incendies (RNDECI) sorti fin 2015 et fixé par l’arrêté NOR : INTE1522200A du 15 décembre 2015.
Le saviez-vous ?
Les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) engagent actuellement une réflexion sur l’optimisation des ressources allouées à la défense incendie. Ces normes vont donc être amenées à évoluer dans les mois à venir.
Il est question que cette nouvelle réglementation prenne en compte l’efficience des moyens par rapport aux objectifs. Dolu, contributeur du forum ayant vu une mouture de ce projet de loi, indique que les “les risques seraient classés dans une grille et les moyens devront être adaptés (…) par exemple, un risque « courant faible » soit par exemple : maisons espacées de plus de 4 mètres, surface inférieure à 300 m2, ou bâtiments jusqu’au r+1 et pas supérieur à 100 m2, une défense serait considérée conforme si capacité de 30m3 en 1 heure dans un rayon de 400 mètres par voie circulable”

Pour s’assurer que les SDIS disposent des moyens nécessaires en cas d’incendie, un entretien et des tests sont nécessaires.

La loi oblige les collectivités à s’assurer du bon état de fonctionnement des hydrants au moyen d’un contrôle annuel, effectués par les pompiers accompagnés d’exploitants.

“Cette maintenance préventive des points d’eau incendie (poteaux, bouches, points d’aspiration) consiste en un Contrôle Fonctionnel (visibilité, signalisation, fonctionnement normal, manœuvrabilité, présence d’eau dans le coffre) et d’un Contrôle Débit/Pression (épreuve de PEI selon les normes NFS 61-200, NFS 61-211, NFS 61-213).”

Questions d’exploitation
Pesée poteaux incendie en simultanée
Ju doit réaliser un contrôle de débit à 1 bar sur 8 poteaux incendie tous situés sur la même zone, et aimerait savoir s’il existe une réglementation concernant la pesée de poteaux incendie, et notamment pour le contrôle simultané des PI. Il précise à la demande de Climax qu’il s’agit d’un réseau privé (nouveau centre commercial) alimenté par un réseau urbain. Celui-ci indique que selon les directives du SDIS, le réseau privé va devoir être renforcé par un surpresseur et/ou des réserves incendie. Fredblock complète en indiquant que pour tenir compte des contraintes techniques sur le terrain, il faudra probablement procéder autrement, et caler l’essai par poteau au débit souhaité par hydrant (60 m3/h si DN100 ou 120 m3/h si DN150) : “En pratique, on commence par 1 hydrant puis on passe au 2ème, quand le 2ème est calé, on ré-ouvre si besoin le 1er etc. Cela demande une grande logistique et synchronisation”.

Ces essais ont un seul but : être prêt en cas de sinistre. Pour anticiper ces problèmes, les compétences combinées des exploitants et des pompiers sont nécessaires.

Fiche d’identité du poteau incendie
Voici comment les SDIS de deux département définissent les caractéristiques des poteaux incendie :
RECUEIL DES EQUIPEMENTS ET CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DES POINTS D’EAU INCENDIE DU DEPARTEMENT DE LA VENDEE
FICHES TECHNIQUES RELATIVES AUX POINTS D’EAU INCENDIE DU DEPARTEMENT DE L’ILE ET VILAINE
Maintenance poteau incendie
En plus des contrôles annuels, la maintenance préventive implique la vérification du bon fonctionnement du système anticongélation, du bon état du coffre, de la dureté de manoeuvre et des vidanges;
Il faut enfin  graisser toutes les pièces en mouvement du poteau. Comme le précise Tom01 sur le forum, “Il faut donc démonter l’arbre de commande et graisser les pas de vis. Il faut bien penser a contrôler le clapet de pied et le remplacer au besoin. Tous les modèles se démontent, certains sont parfois plus compliqués à démonter. Dernière chose à vérifier, la purge automatique.” Lemaire-s ajoute que “Les fréquences et les modes opératoires sont définis par le Règlement Défense Extérieure Contre l’Incendie de votre Département et généralement fournis voire rédigé par le SDIS”.
Bien entendu, une maintenance curative qui consiste à réparer, entretenir et remplacer les PI est également nécessaire.
 
Fonctionnement d’un poteau incendie en cas de secours
Voici à ce sujet la réponse d’exploitant sélectionnée comme la plus pertinente :
“Il n’y a pas de règle universelle en cas d’incendie. Les pompiers vont mobiliser tous les moyens nécessaires pour éteindre au plus vite ou tout du moins circonscrire l’incendie.
Les 120m3 pendant 2 heures servent en fait aux pompiers à mobiliser des moyens pour s’approvisionner de manière continue (soit rotations de citernes soit dérouler un tuyau vers une réserve plus grande etc…) : ça leur donne le temps de s’organiser en parant au plus pressé.
Il arrive que les 120 m3 soient utilisés en moins de 2 heures mais dans ce cas c’est que l’opération nécessitait une grande quantité d’eau dans un laps de temps court afin de stopper la propagation immédiatement. Quoi qu’il arrive, les pompiers connaissent les réserves à leur disposition et utilisent l’eau en fonction de leurs besoins. Le raccordement des lances incendie directement sur les poteaux est devenu anecdotique voir inexistant. Les pompiers utilisent soit des fourgons pompe tonne soit des motopompes. Le fourgon fait tampon avec le réseau et évite les à-coups, il peut ainsi délivrer le débit d’eau et la pression nécessaires.. Ces équipements sont équipés de clapets afin d’éviter les retours d’eau dans le réseau.
Enfin , un incendie étant un cas de force majeur, il arrive régulièrement que l’utilisation des poteau engendrent des désagréments sur le réseau (eau trouble, eau blanche coups de bélier, casse de canalisation…). Ce sont les aléas du réseau…”
Le saviez-vous ?
“La pression mini à la lance est de 7 bars; avec les pertes de charges dans la lance incendie la pression à la sortie de la pompe est en moyenne de 11 bars ( en fonction du dénivelé, de l’utilisation de la lance sur échelle ….)” dixit Lolo57
Article 16 – Circulaire ministérielle du 13 septembre 1978
“Les installations d’eau ne doivent pas être susceptibles, du fait de leur conception ou de leur réalisation, de permettre à l’occasion de phénomènes de retour d’eau, la pollution du réseau public d’eau potable ou du réseau intérieur de caractère privé, par des matières résiduelles ou des eaux nocives ou toute substance non désirable.”

Comme nous venons de le voir, les poteaux incendie jouent un rôle essentiel dans les dispositifs de lutte contre les incendie, d’où la nécessité d’un entretien rigoureux. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’ils font partie intégrante des réseaux d’eau potable, et que leur utilisation peut, à ce titre, avoir un impact tant sur l’état du réseau que sur la qualité de l’eau distribuée.

C’est ce que nous verrons dans le prochain billet de notre série sur les poteaux incendie !